Les infrastructures de transport pour l’avenir oui ! Mais pas en ignorant la mobilité du quotidien aujourd’hui !

A l’initiative de l’UDI, un débat sur l’avenir des infrastructures des transports a été organisé dans l’hémicycle. Il y a été bien évidemment question pour quelques uns de mes collègues de la nécessité de prendre en compte certains projets d’autoroutes ou de canaux pour le transport fluvial, des liaisons TGV jugées indispensables à certains territoires et bien sur de promouvoir les infrastructures du Grand Paris.

Pour ma part je suis intervenu sur le fait qu’à coté des ces grandes infrastructures pour demain, qu’on ne sait pas souvent pas encore financer, il faut aussi assurer l’amélioration de la mobilité du quotidien qui fait le désespoir de millions de Français et particulièrement des Franciliens. Ceux là revendiquent plus régularité, respect des horaires et sécurité qu’un temps de parcours le plus faible possible mais rarement obtenu. Ils réclament aussi en grande couronne le maximum de liaisons directes pôle à pôle.

Au moment où le Gouvernement doit réviser le SNIT (Schéma National des Infrastructures de Transport), il doit bien sur prendre en compte les grandes infrastructures, en particulier EOLE et le Réseau de métro automatique du Grand Paris, qui ne rendront des services qu’en 2020 au plus tôt. Mais il doit aussi prendre en compte une réponse de court terme à la mobilité du quotidien.

C’est pourquoi j’ai insisté dans mon intervention sur la nécessité absolue de développer massivement des lignes de bus de pôle à pôle, bus auquel on facilite l’entrée dans les villes ou l’accès direct à des plates formes multimodales par des voies réservées sur les autoroutes et voies rapides, bus qui vont chercher les passagers dans des parkings relais en grande couronne sur ces mêmes autoroutes et voies rapides.

C’est pourquoi, j’ai aussi insisté pour que les infrastructures cyclables soient prises en compte dans le SNIT sur la base du Schéma National des Véloroutes et Voies Vertes. Compte tenu de l’effort actuel des collectivités locales, ce schéma pourrait être réalisé en 10 ans sur la base d’un effort modeste de l’Etat.

Mais pour les bus comme pour le vélo, il faut un réseau routier moderne, entretenu et développé. Il fallait le rappeler aussi aux écologistes pour qui le mot « routes » est un gros mot.
J’espère avoir été entendu !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Tetart.

M. Jean-Marie Tetart. Monsieur le président, monsieur le ministre, réfléchir à l’avenir des infrastructures de transports, c’est avant tout réfléchir aux transports de l’avenir tant en milieu urbain que pour les liaisons pôle à pôle, région à région, c’est réfléchir aux exigences en termes de déplacements.

Réfléchir aux transports de l’avenir, c’est poser les options qui minimisent les rejets polluants de gaz à effet de serre et micropolluants, les consommations d’énergie fossile et la consommation d’espace agricole et naturel.

Réfléchir aux transports d’avenir, c’est imaginer un maillage territorial le plus large possible, organisant des continuités intermodales et multimodales.

Réfléchir aux transports de demain, c’est rechercher sécurité, accessibilité et confort, et développer des réseaux offrant la plus grande résilience et la plus grande robustesse.

Réfléchir aux transports de demain, c’est optimiser avec les mêmes infrastructures une réponse aux déplacements de travail, de loisirs et de tourisme.

Réfléchir aux transports de demain, c’est aussi ouvrir un débat : faut-il donner la priorité à la recherche de la vitesse et du temps de parcours minimum ou bien à la capacité de respecter réellement les temps de parcours et les horaires, quitte à être moins ambitieux ?

Réfléchir aux transports de demain, c’est réinventer le transport du fret et organiser d’une manière différente le dernier kilomètre pour l’approvisionnement des activités de centre ville.

Réfléchir aux transports de demain, c’est se poser la question de son financement, du partage de ce financement, et repenser les autorités organisatrices des transports. Dans ce domaine, tout reste à faire.

Nous aurions été très heureux d’apporter ces réflexions si nous avions été associés aux travaux du Schéma national des infrastructures de transport. Il est inacceptable que tel n’ait pas été le cas.

Réfléchir aux infrastructures de transport d’avenir, c’est aussi apporter des réponses les meilleures possibles aux besoins actuels de nos compatriotes. Les « pendulaires » de la région Île-de-France veulent bien entendre que l’on inaugurera en 2020 ou 2025 des lignes du Grand Paris ou du projet EOLE, ils veulent avant tout des résultats aujourd’hui.

Alors si le SNIT doit bien prendre en compte toutes ces infrastructures de transport coûteuses et aux procédures longues et incertaines, il doit aussi prendre en compte ce qui, à moindre coût tant en investissement qu’en maintenance et en entretien ultérieur, peut répondre à court terme comme à long terme à la plupart des préalables exposés précédemment : le développement de l’offre de bus et de celui d’une réelle politique cyclable

L’offre de bus saura rapidement adapter ses matériels roulants aux exigences de sobriété énergétique, de rejets polluants et d’accessibilité. Elle utilise des infrastructures routières existantes à aménager quelque fois en site propre mais pouvant la plupart du temps s’accommoder d’aménagements ponctuels et peu coûteux.

Le transport par bus est flexible par définition et adapté aux maillages les plus fins du territoire depuis les lignes pôles à pôles jusqu’aux lignes d’intérêt local. Il est un élément de déplacement multimodal qui peut inviter à laisser sa voiture loin des agglomérations dans des aires relais pour pénétrer de manière facilitée et privilégiée ces agglomérations jusqu’aux pôles d’emploi et aux gares. Il faut pour cela adopter un plan bus qui encourage les lignes pôle à pôle et qui programme l’ensemble des aménagements nécessaires allant des parcs relais en amont des agglomérations aux aménagements de voies réservées sur autoroutes et voies rapides dans les sections et horaires de congestion du trafic.

Je prends acte, monsieur le ministre, que vous vous êtes montré favorable à cette évolution par des études et expérimentations mais il faut les traduire dans une politique volontariste et programmée sur la durée du SNIT. Le financement des concessionnaires d’autoroutes doit être recherché. Il semble que, de leur coté, des propositions sont susceptibles d’être rapidement élaborées.

La politique cyclable est, quant à elle, une éternelle incomprise au niveau institutionnel et elle continue à attirer sarcasmes et sourires, y compris sur ces bancs. Malgré cela, les aménagements cyclables urbains locaux avancent, pris en charge par les collectivités locales.

En revanche, il importe de s’interroger sur la progression de la mise en œuvre du schéma national véloroutes et voies vertes adopté par un comité interministériel pour l’aménagement du territoire en 1998 et révisé en 2010. Ce schéma repose sur l’ambition de créer près de 20 000 kilomètres de voies vertes dont 38 % sont déjà réalisées. Adopté par un CIAT, il doit au minimum être pris en compte par le SNIT.

Ce schéma propose un maillage national décrit et cartographié. Des itinéraires emblématiques comme la Loire à vélo…

Mme Sophie Errante. Très bien !

M. Jean-Marie Tetart. …ou la Vélodyssée de Roscoff à Hendaye permettent déjà d’en évaluer les impacts bénéfiques. Il est hautement souhaitable d’inscrire ce schéma national véloroutes et voies vertes dans le SNIT car il est en adéquation avec les directives formulées par le Gouvernement.

Il est en adéquation avec les principes de mobilité durable sobre en investissements publics – recommandation du Gouvernement à la commission 21 –, avec la feuille de route sur la transition énergétique, avec le plan d’urgence sur la qualité de l’air. Il est ainsi temps, monsieur le ministre, que vous rendiez le SNIT cohérent avec vos propres instructions.

Je plaiderai donc ici pour que vélos et bus soient reconnus comme des réponses pertinentes aux questions du quotidien mais aussi comme une composante à part entière des transports d’avenir. Mais pour les accueillir, il n’y a rien de tel qu’un réseau routier développé et sécurisé. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)