Le chantier solidaire monte en puissance au Togo

Jean-Claude travaillant à la presse
Jean-Claude travaillant à la presse

Depuis février, 7 allocataires du RSA travaillent sur le chantier de construction du Lycée d’Anèho dans des équipes mixtes franco-togolaises. Leur objectif, réaliser 280 000 briques qui permettront d’élever les bâtiments et la clôture de l’établissement. 40 000 ont déjà été réalisées, et les équipes viennent d’être doublées pour atteindre le résultat attendu.

A 11h, le soleil d’Anèho pèse comme une enclume sur les épaules des ouvriers, la chaleur est écrasante. Ceux qui se trouvent sous le hangar construit pour l’atelier « briques » enchaînent les mouvements rapides, du tas d’argile, de ciment et de sable mélangés vers les deux presses qu’actionnent avec vigueur les manœuvres togolais. Seydou est au mélange, et Jean-Claude récupère toutes les 10 secondes la brique moulée par ses compagnons. Il la dépose délicatement sur la rangée : « Si on la serre trop fort, elle se casse, il faut faire très attention en la manipulant ». La cadence est sans interruption, une équipe part à la pause et une autre la relaie. « Entre les deux presses, nous nous lançons des défis, à celui qui sortira le plus de briques dans la journée. Je pense qu’aujourd’hui, on va gagner » assure-t-il. Tous sont devenus virtuoses des presses  : quand au début du chantier 150 briques sortaient par machine, ce sont aujourd’hui 850 qui sont produites. « Même le chef de chantier est impressionné, il trouve que les ouvriers français sont aussi performants que les togolais malgré les conditions inhabituelles pour eux » indique Kévin, l’un des travailleurs sociaux qui encadre le chantier.

Dehors, Romain, Edouard et Christophe sont au tamisage de l’argile. En plein soleil, comme leurs collègues. Sans que cela ne les gêne. « C’est clair, en France on n’aurait jamais accepté de faire un travail dans des conditions pareilles. Mais ici, c’est une belle aventure, et on est à fond dedans » explique Thierry, qui avoue sa fierté de participer à ce chantier. Fierté partagée par tous, au point de susciter de profondes inquiétudes : « Les presses connaissent sans arrêt des problèmes, et elles ne produisent pas suffisamment. On est ralenti à cause du matériel, et on est inquiet par rapport à l’objectif de production » dit Jean-Claude. Une solution est en cours de mise en place, avec le recrutement la semaine dernière de 16 ouvriers supplémentaires, et la location de 4 presses en plus, qui devraient arriver la semaine prochaine. « Si on double les équipes, je ne me fais pas de souci pour la productivité. D’ici juillet, toutes les briques seront faites » indique l’architecte et maître d’œuvre, Koffi Azoumah. Déjà, les autres entreprises sélectionnées pour le gros œuvre installent le matériel et leurs baraquements, les fouilles pour les fondations doivent débuter le 15 avril.

Après une douche bien méritée pour se débarrasser de la poussière rouge du chantier, les ouvriers français partagent tous ensemble leur déjeuner à la maison. On croisent des ouvriers togolais et le chef d’équipe, devenus des amis. Tous se plaisent au Togo, et aucun n’envisage de mettre fin à l’aventure avant son terme. La Mairie d’Anèho, partenaire du Département, est aussi satisfaite : « Nous nous sentons une responsabilité sociale vis-à-vis de ce chantier, cela nous permet aussi d’apporter quelque chose aux Yvelinois », indique Anani Wilson, le représentant de la Commune sur le chantier. Bien sûr, une épouse, les enfants manquent. Mais les coups de fil vers la France permettent d’entretenir les liens. Thierry recevra bientôt la visite de sa fille, grâce à une aide du Département. En France, les équipes de l’action sociale sont mobilisées pour préparer leur retour. « Nous avons déjà trouvé des logements pour certains, et nos responsables rencontrent des employeurs potentiels pour leur parler de ce qu’ils réalisent ici » explique Nicolas, l’autre travailleur social présent au Togo. « Nous voulions leur proposer un nouveau départ : les résultats que nous constatons dépassent nos espérances. C’est un public qui avait très peu de chance d’être pris dans les dispositifs habituels de réinsertion que nous avons en Yvelines, j’espère vraiment que des employeurs répondront à l’appel. Ils auront vraiment mérité leur nouveau départ ».