Tuberculose et Sida : 1ères impressions d’une mission au Bénin sur l’évaluation de la politique permise par le Fonds Mondial

Pour que les jeunes de Cotonou puissent s'informer et se confier: le Kpote kiosque
Pour que les jeunes de Cotonou puissent s’informer et se confier: le Kpote kiosque

Avec quatre autres parlementaires et une sénatrice, je viens d’effectuer un voyage d’études de 3 jours au Bénin à l’invitation des associations AIDES, Avocats pour la santé dans le Monde et l’association béninoise CERUDIS. Cette mission avait pour but de « mieux comprendre les enjeux de la lutte contre la tuberculose et de la co-infection Tuberculose/Sida, de s’informer des approches innovantes, d’identifier les défis et les solutions pour atteindre leur éradication ».

Il s’agit, sur un pays, d’apprécier l’efficacité du Fonds Mondial de lutte contre le SIDA après une décennie de mise en œuvre auquel la France a contribué en apportant 1.825 milliards d’Euros sur la période 2001-2010 se situant ainsi comme le deuxième donateur. Elle a augmenté sa participation avec une enveloppe de 1.08 milliards d’euros sur la période 2011-2013. La France apporte aussi 60% du budget de UNITAID qui lutte contre les grandes pandémies grâce à l’affectation de la taxe sur  les billets d’avions que la France a été l’une des premières à adopter. On comprend dans ces conditions qu’avant de reprogrammer l’aide financière de la France sur 2014-2016, période pour laquelle on estime le besoin du Fonds Mondial à 15 Milliards d’€, il convient d’évaluer l’efficacité de ces financements.

La ligne jaune accessible pour toute conversation anonyme et gratuite sur le sida
La ligne jaune accessible pour toute conversation anonyme et gratuite sur le sida

Le Bénin est un cas d’école intéressant.  Son gouvernement s’est engagé dans une politique ambitieuse sur la lutte contre la tuberculose, le sida et le paludisme et il bénéficie de sommes importantes du Fonds mondial.

En ce qui concerne la tuberculose, 42 personnes atteintes pour 100000 personnes. C’est un des meilleurs résultats de la sous région avec des malades fidélisés dans leur parcours de soins et des succès thérapeutiques au-delà de 85 %. Bonne organisation pour aller dépister et diagnostiquer de manière efficace dans l’ensemble du pays, bon réseau de centres et matériels adaptés, bon réseau de suivi.

Pour ce qui est de la situation sur le front du Sida, le taux de prévalence au Bénin est un des meilleurs d’Afrique avec taux de prévalence depuis 2000 de 1.2 à 2% c’est-à-dire 12 à 20 adultes de 15 à 49 ans contaminés pour 1000 adultes.

Prévalence bien sur beaucoup plus forte chez les travailleurs (ses) du sexe, chez les camionneurs. Moindre prévalence en milieu rural qu’en milieu urbain, chez les hommes que chez les femmes où le taux de contamination mère enfant est par ailleurs encore important. Curieusement, l’analyse de la prévalence du SIDA chez les homosexuels est encore peu pratiquée. La co-infection SIDA-Tuberculose progresse rapidement.

Le kiosque bien aéré de l'hôpital Nazareth où on apprend aux patients qu'ils ont la tuberculose
Le kiosque bien aéré de l’hôpital Nazareth où on apprend aux patients qu’ils ont la tuberculose

Au Bénin 85% des financements de lutte contre le SIDA sont fournis par la communauté internationale en en particulier par le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA. En contrepartie, le Bénin s’est doté d’un dispositif complet, Programme National de Lutte, Comité national de lutte, quelquefois un peu trop bureaucratique, qui participe alors à certains blocages. Il en est ainsi de la rupture de traitement par les ARV (antiretroviraux), de la prise en charge des complications qui accompagnent le traitement qui est de première ou deuxième génération  ou de l’inégalité de dépistage en tous points du territoire ou l’intégration des ONG dans les actions de sensibilisation de la population du suivi des patients, de l’attention à certains groupes fragiles. Les « tradithérapeutes » que nous avons rencontrés peuvent jouer un rôle surtout pour amener les personnes infectées vers les réseaux  de soins formels. La communauté gay dont nous avons rencontré des représentants est encore trop ignorée et donc pas associée à la lutte contre ce fléau.

Globalement le Fonds Mondial, et en particulier dans le cas du Bénin, se révèle efficace. Un effort soutenu de la communauté internationale peut permettre comme dans le cas de la tuberculose de pratiquement juguler l’extension de la maladie et aux malades de continuer à vivre. L’extension de la maladie a un coût économique qui freine le développement des pays. Ralentir l’effort de la Communauté internationale consisterait a anéantir l’effort couronné de progrès de cette dernière décennie.

Oui je militerai pour que l’engagement de la France soit maintenu mais aussi pour que les gouvernements des pays bénéficiaires augmentent leur effort budgétaire national et implique davantage les réseaux de la société civile dans cette cause.