La filière viande française à l’abattoir ?

Mercredi, table ronde très intéressante sur la situation et l’avenir des abattoirs en France. Très intéressante mais très inquiétante.

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Plusieurs raisons à cette situation inquiétante. D’abord une dégradation de l’élevage en France, donc plus assez de bêtes à abattre dans nos abattoirs qui gardent cependant les mêmes charges fixes. Il faut relancer la production de viande en France et relancer l’engraissage de nos broutards en France. Ensuite, une trop grande rigueur normative sanitaire: la France continue à être plus exigeante que Bruxelles. Le dumping social des abattoirs allemands par exemple qui emploient des ouvriers à 4 euros l’heure contre 10 à 12 euros dans nos abattoirs. Enfin des pratiques fiscales comme l’éco taxe poids lourds qui vont neutraliser 3/4 du bénéfice attendu du CICE. Alors que dire pour les abattoirs coopératifs qui ne bénéficient pas du CICE!  Il faut exonérer la filière viande dans son ensemble de l’écotaxe.
Voilà les axes qu’il faut travailler pour sauver les abattoirs et la filière viande.
Il faut aussi considérer que les abattoirs sont nécessaires à l’aménagement du territoire et qu’il faut garder un maillage d’abattoir permettant de ne pas transporter les bêtes vivantes sur de trop grandes distances des coûts.
Sur ces questions, les collectivités locales peuvent être très utiles voire indispensables à la filière viande. En étant actionnaires d’battoirs, en aidant les transport des bêtes vers des abattoirs éloignés de lieux d’abattage. Elles le peuvent surtout en s’obligeant à ne se fournir qu’en viande d’origine France, transformée ou non, dans leurs restaurations collectives et si possible d’origine locale. Elles le peuvent en étant partenaires de l’élimination des déchets des abattoirs.

J’ai demandé en commission qu’on puisse faire le point sur toutes les voies par lesquelles les collectivités locales peuvent soutenir la filière viande et particulièrement les abattoirs.

La question de l’étiquetage indiquant le mode d’abattage, rituel ou non, a  été abordée. 80 % de la viande vendue à l’exportation est d’abattage rituel. Mais ce n’est pas toute la bête qui est exportée mais certains morceaux seulement et il faut donc que les autres soient commercialisés en France. La profession craint donc qu’une mention « abattage rituel » freine la commercialisation de ces morceaux en France. On peut le comprendre mais je crois qu’il faut malgré tout exiger la transparence et avoir la mention du type d’abattage sur l’étiquetage!

La question des abattoirs de porc est encore plus délicate. L’actualité le confirme malheureusement avec la fermeture de l’abattoir de porcs Gad a Lampaul-Guimilliau et la mise au chômage de 800 salariés.

Pour donner une idée générale du secteur, l’abattoir le plus important en France traite 5 millions de porcs par an, au Danemark 20 millions.

Même si le dans le cochon tout est bon, il faut quand même aller chercher les clients un peu partout: les oreilles en Chine, les pieds au Portugal, etc.  La marge d’un abattoir de porcs est très faible et il faut donc aux petits abattoirs de l’imagination pour résister.

C’est ce que fait le seul abattoir de porcs d’Ile de France, les Etablissements Harang installés à Houdan, en abattant le porc « Francilin » dont l’alimentation est enrichie avec des graines de lin, plus chères et plus petites que les autres céréales, mais donnant à la viande une saveur particulière !

Le porc « Francilin » est élevé en Seine et Marne, à Dagny, chez M. Grimonprez, il est abattu à Houdan dans l’abattoir Harang, découpé et préparé en rôti et en charcuterie dans les établissements Bonny à Gretz-Armainvilliers ou en jambon dans la société RERO à Argenteuil pour être vendu ensuite aux consommateurs franciliens.

Viande de meilleur qualité, circuits courts, alliance entre éleveur, abattoir et charcuterie, il faut saluer l’initiative et la soutenir. Consommateurs franciliens, acheter le porc « Francilin », collectivités locales franciliennes, exigez le porc « Francilin » dans vos cantines!