Il y a le devoir de combattre et il y a le devoir de bâtir la paix – Homélie du Père Guérin. Messe du 8 mai à Houdan

Il y a le devoir de combattre et il y a le devoir de bâtir la paix. C’est une tâche jamais achevée. « Heureux les artisans de paix », la paix se construit.

En réfléchissant aux événements des dernières années et aux événements actuels, je me demandais à quelles conditions chacun de nous pourrait être un artisan de paix et donc connaître le bonheur promis par le Christ, le bonheur de bâtir quelque chose d’essentiel.

Il me semble que la première condition est d’avoir des convictions fermes, non pas fermées ! Des convictions portées par une longue tradition spirituelle, morale, des convictions qui ont fait leurs preuves au service de l’homme, comme l’attachement à la liberté de conscience, à une vraie justice offerte à tous, à une solidarité sans restriction ni exclusive.

On dit souvent que les croyants deviennent sectaires. Il n’y a pas que les croyants convaincus qui peuvent être tentés de sectarisme. Tout groupe uni par des convictions fortes peut être tenté par le sectarisme. Et c’est aussi trop facile d’accuser les autres de sectarisme quand soi-même on ne sait pas à quoi on croit vraiment, à quelles valeurs on se réfère.

La principale révolution chrétienne du 20ème siècle a été d’ouvrir le dialogue avec d’autres religions. Non pas pour dire que toutes les croyances se valent ! Non, il ne s’agit pas de « relativisme » mais d’entrer en relation.

Il s’agit d’abord de voir l’autre, de le reconnaître, de reconnaître qu’il existe, d’essayer d’entrer dans son univers et en tout cas de lui faire une place à la table commune du monde ou simplement de mon pays. Et de repérer les valeurs qu’on peut avoir en commun pour justement bâtir la paix ensemble, en acceptant les compromis qui peuvent nous permettre de vivre ensemble.

Vous avez peut être reconnu là une certaine idée d’une laïcité ouverte dans laquelle jamais l’autre n’est ignoré, même si il n’a pas de statut public ni de droit pour empiéter hors de son territoire propre (« A César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu »).

Mais il s’agit peut-être tout simplement d’attachement viscéral et réfléchi à la démocratie qui pourrait être, qui devrait être le lieu de la rencontre de tous les citoyens.

Non pas parce que c’est la solution parfaite mais simplement parce qu’elle veut faire du pouvoir indispensable un service et non une domination.

Il y a longtemps « Chrétien démocrate » était une injure contre des chrétiens d’avant-garde.

Alors que c’est une façon de vivre le grand commandement du Christ « Si vous êtes appelés à présider, vous serez appelés à servir ». Ceci était adressé aux apôtres. Je crois qu’on pourrait l’afficher un peu partout.