La taxe de solidarité Chirac en danger !

Jacques CHIRAC était très attaché à l’aide au développement et au co-développement et a institué en France la taxe de solidarité qui porte son nom.

L’idée est simple: la multiplication des voyages est un des facteurs de transmission de grandes pandémies et les voyageurs s’exposent également à toutes sortes de risques sanitaires. En prélevant une taxe de solidarité sur les billets d’avion, on peut alors disposer de sommes importantes à affecter à la prévention et la lutte contre ces grandes pandémies.  Cette taxe est appliquée sur tous les billets d’avion émis par toutes les compagnies au départ des pays qui l’ont adoptée, c’est  à dire  actuellement le Cameroun, le Chili, la République du Congo, la France, Madagascar, le Mali, Maurice, le Niger et la République de Corée.

Son montant unitaire est minime mais elle a rapporté en France, plus de 204 millions d’euros (dont 80 millions collectés par Air-France KLM) en 2014 qui sont affectés à l’organisme international UNITAID, présidée par Philippe DOUSTE-BLAZY pour  lutter contre le sida, le paludisme, la tuberculose et rendre accessible les soins aux plus défavorisés de la planète.

Classe économique Classe première ou affaires
Vol intérieur 1,13 € 11,27 €
Vol international 4,51 € 45,07 €

Ces montants sont ceux qui résultent de la revalorisation au 1er avril 2014.

Cette taxe indolore pour les passagers et facilement explicable sur ses finalités est aujourd’hui remise en cause par certains membres de la majorité socialiste (rapport Le Roux) et par Air France. Ils annoncent ensemble que ces 80 millions sont un des éléments d’explication de la faible compétitivité d’Air France et de sa situation fragile.

Cette taxe est une fierté pour la France et lui permet de tenir son rang et son influence dans la mobilisation pour la santé dans le monde et particulièrement dans les pays les plus pauvres du globe. Elle est même une aubaine au moment où les réductions budgétaires provoquent une baisse inacceptable de l’aide budgétaire française au développement alors qu’elle a tant de solidarité à montrer avec ces pays, la plupart francophones, et avec lesquels elle est tant liée. L’aide française au développement a baissé de 20% depuis 2012 et son niveau est en-dessous de la moyenne de celui des autres pays européens.

Alors que la France devrait user de tout son poids et toute son influence pour amener d’autres pays à adopter la même taxe de solidarité, sa remise en cause en France, pays qui l’a créée, serait la condamnation de cette taxe.

Mais posons-nous la question de son rôle dans la compétitivité d’Air France. Combien a couté à cette compagnie la grève de ses pilotes, l’an dernier. Combien coûte à Air France en part de marché les pratiques non concurrentielles des compagnies du Golfe à qui le Gouvernement pourrait envisager d’autoriser de nouvelles lignes au départ d’autres villes de France comme contrepartie à l’achat des Rafales par les pays du Golfe !  Combien coûte à Air France, les politiques fiscales et le droit du travail à la française! Combien coute à Air France ses contributions à l’aéroport de Paris. Non ce n’est pas sérieux de penser que détruire la taxe Chirac permettra de participer significativement à la compétitivité d’Air France.

Il faudra bien qu’on comprenne vite et collectivement que face à la situation du monde au regard de la pauvreté, des changements climatiques, de l’instabilité géopolitique, des grands flux migratoires, à la confrontation avec le terrorisme, nous avons le devoir d’intensifier notre aide au développement. Pas assez d’argent aujourd’hui dans l’aide au développement, c’est plus d’argent demain et dans l’urgence. C’est particulièrement vrai pour la santé et Ebola est encore assez récent dans les esprits pour le vérifier.

Le grand défaut de la taxe Chirac, c’est que lors de sa création elle n’a pas été expliquée aux passagers. Pourquoi ne voit-on pas sur chaque billet la mention « en achetant ce billet vous contribuer à hauteur de x euros à la lutte contre le Sida, la tuberculose, le paludisme auxquels vous pouvez être exposés au cours de votre voyage ». Ainsi expliquée, les passagers se la seraient appropriée et seraient capables de se mobiliser si elle était menacée. Il est grand temps de le faire.