L’exode des réfugiés syriens ne permet plus de tergiverser!

Ce matin, François Hollande tiendra une conférence de presse. La question de la Syrie et des réfugiés y tiendra une place importante qui sera, je l’espère, à la hauteur de la gravité de la situation sur laquelle, avec humilité, je vous donne mon analyse qui sera celle sur laquelle je me baserai dans les débats que l’assemblée nationale ne manquera pas d’avoir dans les prochains jours.

L’image de cet enfant échoue noyé sur une plage de Turquie a bouleversé le monde. Elle a réveillé les consciences, affirme t-on partout, comme si Daech ne nous avait pas donné depuis des mois suffisamment  de raisons pour le faire!

Mais au delà de cette image insoutenable, ce sont ces cohortes de réfugiés dans les gares, le long des autoroutes qui nous interpellent. Comment pourrait il en être autrement! Mais ces réflexes de compassion et de solidarité avec les réfugiés ne risquent-ils pas de s’effriter avec le temps et avec l’augmentation continue de leur nombre.

Un exode qui va durer.

En effet, cet exode va s’accroître pendant des mois, des années au point de devenir inassimilable et ceci pour deux raisons.
La première est que la communauté internationale n’a pas encore pris les mesures pour stopper et anéantir Daech. Bien au contraire, il se renforce en occupant de plus en plus de villes et de territoires, en attirant de plus en plus de combattants attirés par ses conquêtes, en continuant à vendre son pétrole dont on n’a pas encore détruit les puits et on se demande bien pourquoi.

Si l’exode des populations syriennes va s’accroître encore, c’est aussi parce qu’elles sont bien sûr l’objet de la barbarie et de la terreur de Daech mais aussi par ce qu’elles ne croient plus qu’elles peuvent résister, à part les kurdes, sans un engagement plus intense et décisif de la communauté internationale.

Il faut que la coalition internationale arrête de finasser, il faut composer avec Bachar El Assad et ne pas faire de son départ un préalable. C’est la condition pour que la Russie, la Chine participent à cet effort de guerre. Il faut inclure l’Iran, n’en déplaise aux Pays du Golfe, qui ont tant fait pour développer Al Qaïda et ses filiales et tant pis pour la vente des rafales! Il faut intervenir sur le territoire syrien et faire comprendre aux Turcs qu’ils ont joué avec le feu en soutenant implicitement Daech. Il faut enfin que l’Europe participe à cet effort de guerre contre l’islamisme guerrier et terroriste où qu’il soit, au Mali au Nigeria ou au Moyen Orient.

Oui, cette image de l’enfant échoué sur une plage doit réveiller nos consciences, mais cette image c’est aussi celle de tous les enfants syriens qui n’ont pas la possibilité de quitter leurs villages et qui sont massacrés par Daech quelquefois simplement parce qu’ils sont chrétiens.
Détruire Daech au plus vite quelqu’en soit le coût économique ou humain est une condition incontournable pour que cet exode massif des réfugiés soit acceptable dans le temps et qu’il ménage des possibilités de retour au pays.

La deuxième raison à l’intensification de cet exode est que l’annonce soudaine de la disponibilité de certains pays, comme l’Allemagne, d’accueillir 800 000 réfugiés, ne peut que créer un appel, une invitation à rejoindre l’Europe plutôt que de se réfugier en Turquie, au Liban ou en Jordanie déjà saturés par d’énormes camps.

Alors oui il faut accueillir ces réfugiés, c’est une question d’humanité et d’honneur. Mais ces deux valeurs n’empêchent pas d’être réaliste sur les conditions d’intégration, d’assimilation ou tout simplement de notre capacité à accueillir avec un logement, un travail, une éducation pour les plus jeunes.

Oui nous avons le devoir d’accueillir ces réfugiés comme notre pays l’a fait en d’autres temps avec les arméniens, les espagnols, les vietnamiens et bien d’autres peuples opprimés. Oui il faut que chaque pays prenne sa part, pas forcément à hauteur de l’Allemagne qui le fait notamment pour des raisons économiques et démographiques en annonçant l’accueil de 800000 réfugiés et en privilégiant les syriens parce qu’ils sont éduqués, qualifiés.

Mais il faut aussi que les pays du Golfe, qui exploitent misérablement tant de main d’œuvre d’asie du sud, reçoivent des réfugiés avec une tolérance jusque là inconnue qui ne limiterait pas à l’accueil des seuls sunnites.
Il est aussi nécessaire d’aider le Liban, la Jordanie, la Turquie pour qu’ils puissent gérer et développer les camps de réfugiés qu’ils accueillent déjà.
Et puis si l’Allemagne souhaite recevoir 800 000 réfugiés, alors qu’elle organise leur venue! Qu’elle affrète des bateaux qui aillent directement chercher en Turquie les réfugiés qu’elle souhaite. Cela évitera que l’on continue à enrichir des passeurs, que l’on continue à voir ces naufrages meurtriers.

Jusqu’à quel niveau notre pays peut il accueillir?

Enfin posons nous la question pour notre pays. La France n’a pas de leçons à recevoir des autres pays en matière d’accueil de migrants qu’ils relèvent du statut de réfugiés ou de l’exil économique. Elle doit accueillir dans sa tradition mais elle doit se poser la question du comment, dans un pays qui n’arrive même pas à régler, après des années, le problème des 2000 migrants de Calais, qui n’arrive pas à construire plus de 100000 logements sociaux par an, qui bat tous les records de chômage. Elle doit accueillir mais elle doit dire rapidement comment, quels moyens elle y consacrera pour ne pas se retrouver ensuite avec des populations certes accueillies mais à l’abandon. Mais en attendant, chaque commune doit examiner rapidement comment elle peut participer à sa mesure à l’effort commun que nécessite cette crise! Pour ma part, je le proposerai dans ma commune. Et je me souviens, qu’en son temps, le pays houdanais avait accueilli une famille de boat people vietnamien!

Relancer l’aide publique au développement de la France

Mais cet exode massif des syriens ferait presque oublier que les migrations économiques en provenance de l’Afrique continuent au travers de la Lybie et que des soudanais, des érythréens, des somaliens fuit des dictatures, des guerres civiles, des persécutions!

Là encore il faut aider l’Ethiopie à gérer ses camps de réfugiés à ses frontières avec ses dangereux voisins. Il faut aussi négocier l’interception des migrants économiques au Niger avant qu’ils ne rejoignent la Libye pour traverser la Méditerranée.

Mais il faut aussi et c’est mon obsession depuis des années, il faut relancer l’aide au développement. Depuis des années je répète que ne pas dépenser suffisamment d’argent aujourd’hui pour l’aide au développement des pays d’Afrique et d’ailleurs, c’est en dépenser dix fois plus demain dans l’urgence lorsque les crises, les guerres arrivent. Nous en avons la preuve aujourd’hui!

Et pourtant, depuis 2012, l’effort d’aide publique au développement de la France a baissé de 36%. Des voix s’élèvent enfin à droite et à gauche pour en prendre conscience. Nous verrons ce qu’il en sera dans le projet de budget 2016. En tout cas, je déploierai toute mon énergie pour qu’on redonne à notre pays les moyens d’augmenter son aide publique au développement.

Les collectivités locales doivent elles aussi continuer leur effort de coopération décentralisée comme le fait le Département des Yvelines ou ma commune de Houdan. Mais il faut aussi que de nouvelles communes s’engagent. Yvelines Coopération Internationale et Développement (Ycid) que j’ai l’honneur de présider s’y engagera dans les prochains mois.