Mission avec l’AFD en République Démocratique du Congo, à Kinshasa

IMG_0047L’Agence Française de Développement (AFD) a invité ses administrateurs parlementaires, dont je fais partie, à une courte mission en République Démocratique du Congo pour comprendre sur le terrain ses modes d’intervention. Avec Michel Destot, député SRC, et Yvon Collin, sénateur RDSE, je viens de passer quatre jours dans ce pays de près de 80 millions d’habitants (dont 12 pour la seule ville de Kinshasa), à la démographie galopante et en proie depuis des années à des troubles politiques et à des guerres notamment dans le nord-est du pays qui nécessitent la mobilisation permanente de la Monusco.

L’AFD consacre à ce pays un total d’engagements cumulés de l’ordre de 150 millions d’euros sous forme de dons directs mais aussi principalement sous forme de C2D (contrat de désendettement et de développement) qui annule la dette si les sommes ainsi économisées sont consacrées par le pays bénéficiaire à des infrastructures de développement.

IMG-20151007-WA0000Dans un pays qui compte près de 17 millions d’enfants en âge d’être scolarisés en primaire, l’AFD a fait de l’éducation primaire une priorité: programme massif de construction d’écoles en briques stabilisées (qui évitent l’usage du bois pour la cuisson des briques) fabriquées par les parents et les élèves, formation des instituteurs, … Un retard énorme à rattraper: les écoles que nous avons visitées accueillent généralement plus de 100 élèves par classe avec cinq élèves par banc. Deux rotations par jour avec une équipe d’enseignants et leurs élèves le matin de 7 h 30 à 12 h, une autre équipe et de nouveaux élèves l’après midi de 12 h 30 à 17 h! Mais des classes calmes et studieuses en dépit des conditions!

image1Une deuxième priorité a été retenue compte tenu de la proportion de jeunes dans le pays: la formation  professionnelle. Et la filière de formation professionnelle en cours de consolidation est exemplaire sur le continent africain. Ses coûts de fonctionnement sont financés par une taxe sur les entreprises et elle est cogérée avec elles. Elle sera mise en œuvre dans chacune des régions du pays. L’AFD et la coopération japonaise sont les principaux partenaires du pays pour la construction ou la réhabilitation des centres de formation.

IMG_9970-1Autre grand domaine d’action, l’accès à l’eau dans une ville comme Kinshasa où la majeure partie des habitants n’ont pas cet accès: une méthode très pragmatique, des adductions autonomes de quartier sur la base d’un forage et d’un réseau local de distribution avec bornes fontaines pour environ 30000 habitants. Chaque unité est gérée par une association des usagers qui vend l’eau et dégage des bénéfices pour l’extension du réseau et l’entretien des installations. A l’horizon de 2020, l’AFD financera 25 installations de ce type qui desserviront environ 800 000 habitants.

Dernier axe, l’aménagement et l’exploration durable de la forêt. Mais l’exploration commerciale pour l’exportation ne représente qu’une petite partie de la déforestation. Les plus gros problèmes sont provoqués par les cultures sur brûlis et la production de charbon de bois qui est le mode quasi exclusif de cuisson dans ce pays.

La RDC au territoire immense, aux richesses naturelles extrêmes, à la démographie exceptionnelle deviendra certainement un des pays les plus prometteurs de l’Afrique. A la France de l’accompagner modestement mais efficacement et de renouveler et renforcer ses partenariats avec lui y compris sur le plan économique où notre pays est peu présent.

Encore faudrait il que notre Président français et le gouvernement manifestent plus d’attention et de respect envers ce pays et que nous traduisions en actes nos grands discours de générosité internationale  en maintenant notre niveau d’aide publique au développement. Ça n’en prend pas le chemin, avec une baisse continue de son niveau depuis 2012, alors que François Hollande nous fait de belles annonces dans les conférences internationales, annonces qui seront autant de promesses non tenues. L’examen du projet de loi de finances 2016 va être l’occasion d’en débattre.